
Thérapeute du sensible
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élise prévost
Sorcières : La puissance invaincue des femmes, Mona Chollet

Une lecture féministe pour comprendre les imaginaires contemporains
Dans Sorcières. La puissance invaincue des femmes, Mona Chollet propose une relecture saisissante d’une figure longtemps caricaturée et redoutée : celle de la sorcière. À travers cet essai, elle interroge ce que les grandes chasses aux sorcières, qui ont conduit à la mise à mort de dizaines de milliers de femmes en Europe entre les XVIe et XVIIe siècles, ont laissé dans nos représentations actuelles.
Héritage des chasses aux sorcières : une mémoire encore active
Loin d’appartenir uniquement au passé, la chasse aux sorcières continue, selon Chollet, d’imprégner nos imaginaires. Elle révèle la persistance d’une misogynie structurelle qui façonne encore aujourd’hui le regard porté sur certaines femmes.
Celles qui s’écartent des normes, les femmes célibataires, sans enfant, vieillissantes ou simplement indépendantes, restent souvent perçues comme dérangeantes, suspectes ou « déviantes ». Le terme même de « sorcière » continue d’être mobilisé pour disqualifier des formes de puissance féminine.
La sorcière : entre figure de rejet et puissance subversive
Historiquement construite comme une figure repoussoir, la sorcière incarne la menace à l’ordre social et patriarcal. Mais Mona Chollet opère un renversement : elle en fait une figure émancipatrice.
La sorcière devient alors une femme qui échappe aux normes, une figure de résistance, une incarnation d’autres manières de vivre et d’habiter le monde. Elle est à la fois mémoire d’une violence extrême et symbole d’une puissance encore vivante.
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Trois figures féminines historiquement réprimées
Dans son analyse, l’autrice met en évidence trois figures de femmes particulièrement visées lors des chasses aux sorcières, des figures dont les stigmates persistent encore aujourd’hui dans nos représentations.
La première est celle de la femme indépendante, veuve ou célibataire, elle échappe à l’autorité masculine et incarne une autonomie qui, hier comme aujourd’hui, peut être perçue comme menaçante.
Vient ensuite la femme sans enfant. À mesure que la maternité s’impose comme norme sociale centrale, celles qui s’en écartent, par choix ou par situation, se trouvent mises à l’écart, suspectées ou jugées.
Enfin, la figure de la femme âgée concentre elle aussi de nombreux rejets. Souvent invisibilisée ou associée à des représentations négatives, la vieillesse féminine devient un point de cristallisation des peurs et du mépris.
Ces trois figures, au croisement de l’histoire et du présent, continuent de révéler en creux les attentes sociales qui pèsent sur les trajectoires féminines.
Une critique du patriarcat et des normes sociales
À travers cette analyse, Mona Chollet montre comment les chasses aux sorcières ont contribué à imposer, une norme de féminité, une assignation à la maternité, une valorisation du couple hétérosexuel. Ces mécanismes fonctionnent encore aujourd’hui comme des formes de pression sociale, orientant les trajectoires de vie et les identités féminines.
La sorcière aujourd’hui : une figure réappropriée
Dans la culture contemporaine, la figure de la sorcière connaît un regain d’intérêt. Elle est réinvestie par les mouvements féministes comme symbole de liberté, de puissance et de rébellion. Qu’elle apparaisse dans la culture populaire, sur les réseaux sociaux ou dans les pratiques militantes, elle devient une manière de revendiquer, le droit à l’autonomie, le refus des normes imposées et la pluralité des existences féminines.
Une lecture essentielle pour penser l’émancipation
Sorcières est un texte à la fois accessible et profondément éclairant, qui relie histoire, sociologie et expérience contemporaine. Il invite à interroger les normes invisibles qui continuent de structurer nos représentations et nos jugements.
Pour une pratique thérapeutique, cette réflexion ouvre des pistes précieuses : comment accompagner les personnes sans reconduire des attentes sociales implicites ? Comment accueillir des trajectoires de vie qui s’écartent des modèles dominants ?